Par Mohammed Boughdadi Ancien Officier des FAR
Le Sahara est l'un
des sujets qui a été le plus exploité par la littérature méditerranéenne des
siècles derniers. Toutefois, les Européens en ont un aperçu tout à fait
particulier, ne sachant comment le distinguer sous ses différentes coutures. Le
plus connu par l'Europe est le Sahara français. Sa conquête par la France, en
1830, a
fait l'objet
d'écrits plus ou moins préconçus et sa libération, en 1962 après la guerre
d'Algérie, n'a pas manqué d'attirer l'attention des observateurs et écrivains
de toutes les tendances.
Par sa géographie,
son anthropologie, ses populations millénaires, son histoire et ses aléas
sociopolitiques, il est normal de parler du désert africain. Il se présente
sous un ensemble homogène allant de l'Atlantique à la Mer Rouge, avec des
nuances à peine perceptibles. S'il n'avait pas été dépecé et cloisonné en
plusieurs zones politiques par le colonial européen, il aurait gardé son
harmonie et ses lois géographiques. Les frontières administratives de la
période d'occupation ont été plus d'une fois modifiées ou effacées. Les
coloniaux qui les avaient imposées ont disparu, mais restent à jamais ces
éléments géographiques et humains qui continuent de former le corps originel du
Sahara. Sa physionomie physique et humaine conserve ses singularités
millénaires, restées immuables malgré les vicissitudes de l'époque coloniale.
Le Sahara qui nous
intéresse ici est le Sahara Marocain, tel qu'il était avant la colonisation du
Maroc par la France et l'Espagne et tel qu'il est aujourd'hui avec ses
problèmes et ses labyrinthes. C'est dans cette optique que ce chapitre tente de
faire connaître la géographie et la morphologie de cette région pour connaître la
population qui y évolue et ses problèmes. Le terrain, le relief, le climat,
l'hydrographie, la pluviométrie, jusqu'à la faune et la flore, expliquent le
mouvement des masses humaines et déterminent leur mode de vie, leurs caractères
et leurs spécificités. L'homme ne choisit pas son mode de vie, mais ce sont ces
éléments naturels qui tracent sa destinée. Le nomadisme et le système
caravanier n'ont pas été un choix, mais imposés au bédouin par le milieu où il
évolue.
La géographie du Sahara
Le
Sahara n'est point cette pensée têtue et romantique qui le représente comme une
suite infinie de dunes dorées où cheminent, au son envoûtant d'une flûte
magique, de féeriques et interminables caravanes qui éveillent la nostalgie d'alléchants
et fabuleux voyages. Le Sahara n'est pas non plus un vaste espace constellé
d'oasis rêvés pour le repos dans des palmeraies enchanteresses que traversent
de roucoulants et limpides ruisseaux où se désaltère le voyageur après sa
longue méharée. Seuls les contes des Mille et une Nuits donnent peut-être du
Sahara cette séduisante métaphore. Bien des visiteurs, non préparés et encore
moins initiés, alléchés par ce beau et ravissant rêve du désert, ont payé de
leur vie leur tenace curiosité.
Le grand désert a constitué, pendant longtemps,
l'enjeu et le ferment de l'imaginaire et du romantisme. Le roman saharien et la
fiction du désert ont occupé une bonne partie de la littérature européenne des
18 ème et 19 ème siècles et ont exalté l'aventure méhariste, la vie nomade et
le "repos du guerrier" sous la majesté du palmier. A cette période,
le roman saharien a vécu son âge d'or où se croisaient la fiction et la
fascination, le frémissement et l'enthousiasme. Dans la vision romanesque que
suscite le désert dominent une approche constante et une version soutenue où la
psychanalyse tient une place notable.
La littérature coloniale s'était beaucoup appuyée sur
la crédulité de ce romantisme. La relation entre l'exotisme saharien et cette
littérature a été soutenue par les visées coloniales occidentales. L'esprit impérialiste
a été souligné par MM. Korrnman et Ronai, dans leur étude "le désert,
mode d'emploi" (revue Traverses N0 19 de 1980). Le monde du
nomade et la vie dans les oasis ont été exaltés et chantés dans les sociétés
européennes. Le mercantilisme et l'esprit conquérant s'en sont saisis pour
l'exploiter. Une littérature coloniale a vu le jour. Le trait d'union entre une
écriture saharienne savante, naïve et spontanée et une littérature coloniale
intéressée trouve son soutien dans une version où l'introspection a préparé le
terrain aux visées hégémoniques. Ce fut la soif de conquêtes et la fièvre d'aventures
coloniales, sous leur forme sournoise de pacification civilisatrice. Le charme
de l'exotisme vanté et l'appel de l'équipée innocente des premiers romanciers
ont cédé la place à une littérature impérialiste corrompue et ambitieuse, zélée
et fanatique.
Le
Sahara est un haut lieu de séduction et d'engouement. Il est très difficile
d'appréhender sa réalité, comme sont très complexes les enjeux qu'il a de tout
temps excités. Cependant, bien qu'il souffle le romantisme et l'imaginaire, le
désert se présente sous une réalité toute différente des tableaux fabuleux et
chimériques que peignent les écrits de l'époque. Il est indéniable qu'il y a de
cela, mais il y a aussi la réalité qui se présente sous différentes formes. Les
contrées sahariennes sont variées, quelques fois douces et clémentes où il fait
bon de vivre, ou difficiles et austères, souvent rudes et amères, comme peu
décrites dans les livres. Suivant le lexique des bédouins, plusieurs descriptions
du désert ont été relevées:
-Sahra el Îmrane (peuplé). C'est une terre inculte, mais vivable.
Les oasis et la population n'y sont pas rares. Certaines bourgades se sont
transformées, aujourd'hui, en villes urbanisées et modernisées qui n'ont plus
rien à envier aux cités du Nord du pays. Les pâturages permettent au cheptel de
subsister sans grande difficulté. C'est le cas du Sahara occidental et du
littoral mauritanien, régions comprises entre Oued Noun et le fleuve du
Sénégal. La côte poissonneuse permet l'installation de pêcheries, aujourd'hui
exploitées industriellement. Elles assurent au bédouin l'amélioration de sa vie
sociale avec un standing nouveau.
-El
Khala (le vide). C'est
l'opposé de Îmrane. C'est le désert profond où la vie est très dure et le
climat est insupportable. Le nomadisme est la seule activité, à la recherche de
maigres pâturages que se disputent les différentes tribus. La pénurie est généralement
habituelle et le bétail résiste difficilement aux grandes sécheresses. Ces
contrées, pratiquement vides, deviennent de plus en plus rudes au fur et à
mesure qu'on se déplace vers l'Est.
-El
Kifar (le grand vide,
la désolation, le néant). Sans eaux ni végétation, la vie y est impossible pour
toute créature, humaine, animale ou végétale, et la traversée est incertaine.
La population
Il est permis de tenter une esquisse de
ce que pouvait être le peuplement du Sahara à des époques reculées de son
histoire. Si des dates exactes ou des périodes délimitées dans le temps ne
peuvent être proposées, du moins on arrive à établir une échelle de repères qui
peuvent aider à déterminer les origines de sa population actuelle. Au-delà du 3ème
millénaire avant J.C, la préhistoire du Sahara se perd dans les conjectures,
l'ethnologie, l'archéologie et la préhistoire n'ayant pas encore livré ce
qu'elles gardent de secret dans leurs tréfonds. Les fondements qui pourraient
nous permettre de situer ces différentes époques sont relativement restreints.
Cependant ils deviennent assez précis au fur et à mesure que nous nous
approchons de l'ère chrétienne. Ils sont plus sûrs dès l'ère musulmane. Les
historiens et les auteurs de la période arabo musulmane nous livrent des données
riches en événements, avec des dates et des faits, des noms et des lieux
exacts. Malgré cela, il reste encore beaucoup à faire pour l'anthropologue,
l'ethnologue, l'archéologue et l'historien qui veulent approfondir une étude du
Sahara. Celui-ci offre une grande richesse en archéologie préhistorique qui
reste encore peu exploitée. L'art pariétal, qu'on trouve à profusion dans les
différents sites, est là pour éclairer le chercheur. Celui-ci doit garder à
l'esprit que les thèses avancées doivent être confrontées à d'autres données
afin de pouvoir les avaliser ou les écarter. Je n'ai pas fourni, ici, de
datations précises, mais seulement un ordre de grandeur. Les chercheurs et les
explorateurs avertissent, de toute manière, qu'au delà de 8.000 ans il n'est
pas permis de vouloir donner des datations plus évidentes.
Le Sahara africain d'une manière
générale et le Sahara marocain en particulier ont vécu, dès le 11 ème
millénaire av.JC le processus de la néolithisation. «Le désert d'alors a été
un centre de civilisations successives et diverses qui ont rayonné autant sur
le sud méditerranéen que sur l'Afrique subsaharienne» selon la
préhistorienne algérienne Malika Rachid. L'art rupestre et les
découvertes archéologiques ont révélé des civilisations anciennes où l'homme est
passé de pasteur accompli au cultivateur expérimenté et au constructeur exercé.
Noires, blanches ou mixées, les populations vivaient ensemble et ont atteint
leur apogée d'expressions artistiques et techniques par l'emploi des métaux et
d'une industrie primaire déjà en avance sur leurs voisins. L'explosion
démographique due à l'amélioration de la vie, sentie à partir du 9ème
millénaire, fut certes enrichie par des apports de peuplades migrantes avant la
désertification du Sahara. La couverture végétale et l'hydrographie étaient
plus fournies à cette époque. Si, d'une manière générale, la densité de la
population était parsemée, elle était très drue dans les régions humides et
dans les vallées autour des points d'eau. Les découvertes faites par Amblard,
Pernés, Robert Vernet et Ballouche, révèlent la domestication de la forêt ou
savane par l'homme qui pratiquait la semence de granulés. Des meules de grains,
datant de plus de 6000 ans, ont été découvertes dans le Hoggar, au Nord Est de
la Mauritanie, à Oued Dra, dans le Tassili et au Niger. Des poteries portent
des dessins d'épis céréaliers pleins. Une forme d'agriculture irriguée apparut
alors, ainsi qu'un début d'élevage de bovidés et de dromadaires. Après la
déforestation, ce fut peut-être les prémices du nomadisme et le besoin d'une
fixation autour des points d'eau qui devinrent plus tard des oasis et des
villes.
L'importance de l'outillage
préhistorique et les dépôts alimentaires des restes d'animaux de foret et de
poissons, prouvent l'existence d'une population qui vivait de la pêche, de la
chasse et de la cueillette en des périodes étalées sur des millénaires.
L'industrie lithique en silex taillé se trouve en abondance dans les
explorations de surface. Selon les chercheurs Henri Breuil (1877-1961,
préhistorien français) et Henri Lhote (1.903-1991, ethnologue et archéologue
français, spécialiste des dessins rupestres), une certaine forme d'agriculture
a vu le jour dès 8.000 ans av. J.C. et qu'à partir de 3.000 ans la région a
subi l'influence de l'Egypte pharaonique qui aurait atteint l'Atlantique. Ce-ci
s'explique par la présence, dans certaines régions, de tumulus en forme de
pyramides à trois étages ressemblant aux tombeaux égyptiens.
Le Sahara est parsemé de vestiges de cités
plus ou moins importantes, avec des remparts en pierres taillées, aujourd'hui
en ruine, en haute montagne que sur les plateaux, près des points d'eau. C'est
signe que la région n'était pas peuplée seulement de nomades. Des cimetières
entourés de murs en pierres, aux abords des cités, indiquent que ces structures
n'étaient pas éphémères et que des sédentaires y avaient vécu longtemps, à
travers des âges aux datations diverses non encore bien déterminées.
Les dessins rupestres, à leur tour, ont
révélé bien des indices parlants. Ils montrent des figures et des scènes
humaines significatives pour les chercheurs Paul Huard et R. Vaufrey. Les
gravures montrent des hommes avec des lances à pointe, des couteaux et des
haches. Des outils et des armes en métal ont été découverts dans les grottes de
Foum el Hassan, de J'bel Zini, d'Adrar, dans le Haoud et à Tagante par le
professeur André Simoneau. Dans la vallée du Dra, au sud d'Akka, d'anciennes
galeries d'exploitation minière ont été mises à jour. Ici, on exploitait et on
travaillait le fer, le cuivre et le plomb pour la fabrication d'armes et
d'outils. Il reste, encore de nos jours, quelques familles à Akka, à Tata, à
Ighrem et Agadir N'Tissint qui vivent de la confection de plateaux, de marmites
et d'autres objets en cuivre. Les gravures rupestres du J'bel Bani, au style
affilé, sont tellement variées et si bien finies que M. André Malraux, alors
ministre français de la culture, a qualifié la vallée du Dra, où il a séjourné
(chez l'auteur) pendant deux semaines en 1966, de «musée naturel
d'archéologie».
Théodore Monod, naturaliste du début du
XX ème siècle, et l'anthropologiste espagnol Julio Caro Baroja se sont beaucoup
inspirés de ces dessins dans leurs études géologiques et botaniques pour situer
le néolithique saharien au début de la désertification. La variété des styles
de ces gravures, de leurs périodes et de leurs sites ne lui a pas permis de les
classer avec exactitude. Il a toutefois pu déterminer qu'à partir du troisième
millénaire av JC commençaient à se préciser des groupes de pasteurs
cultivateurs qui se fixaient dans les vallées et les oasis et qui pratiquaient
l'élevage d'animaux domestiques et de basse cour.
Pline l'Ancien énumérait des centres
urbains au Sud de Oued Dra. Personne ne lui accorda de crédits. Or, au mois
d'août 1997, une mission de chercheurs marocains, canariens, français et
canadiens, sous l'égide du professeur chercheur Mustapha Naïmi, sahraoui
lui-même, a découvert d'anciens sites entre Khnifiss et Akhfennir, au Nord-Est
de Tarfaya. Ils seraient les restes de Babila dont parlait déjà Ptolémée il y a
plus de 2000 ans. Le lieu est entouré de remparts avec de vastes esplanades au
dallage parfait et aux maisons circulaires. Les objets trouvés sont de diverses
périodes, du paléolithique moyen à un âge plus récent. Cette découverte
démontre la coexistence d'un type d'urbanisme avec un mode de vie semi-nomade.
La cité aurait été un gît d'étape sur la route caravanière atlantique qui
reliait le Maroc au Sénégal. Toutefois il est encore prématuré de vouloir se
prononcer sur la datation ou les origines de ces ruines. Les fouilles nous
éclaireront sur leurs anciens habitants au risque de bouleverser les données
historiques, connues aujourd'hui, de ces contrées sahariennes. Au cas où ce
serait une construction romaine, toute l'histoire nord africaine serait
bouleversée. Il est fort probable que ce soit Juba II qui en serait à
l'origine. Dès l'âge de cinq ans, il a été élevé à Rome par des précepteurs
grecs et romains qui lui ont insufflé une triple culture, berbère de par ses
origines et gréco-romaine de par l'enseignement qu'il a reçu. Il a été en même
temps initié aux armes et au métier de
roi pour diriger Mauretanea.
De l'ère des dessins rupestres à nos
jours, le peuplement du Sahara marocain a été opéré progressivement et a subi
de grandes transformations sur le plan ethnique comme sur le plan du mode de
vie. Nous constatons que Mauretanea a été peuplée par les Noirs (Ghanéens,
Daratites et Gétules), par les blancs (Ibères, Israélites, Troyens, Phéniciens,
Puniques, Etrusques, Himiar, Carthaginois, dont le croisement a donné naissance
aux Imazighen, (berbères). Puis vinrent les Romains, suivis des Vandales que
supplantèrent les Arabo musulmans.
Quand on considère, à travers ces âges,
toutes ces migrations et tous ces croisements de races et d'ethnies entre le
sud et le nord, entre l'Est et l'Ouest, quand on observe ces fusions de
civilisations, quand on examine ces interconnections de courants religieux et
culturels, peut-on dire alors que c'est le Maroc qui vit son aventure
saharienne ou que c'est le Sahara qui vit son épopée marocaine? Il est aberrant
de vouloir répondre à cette question tant est dense la structure tissée depuis
longtemps entre toutes ces régions et leurs populations.
Les migrations sont, le plus souvent,
le résultat des interdépendances inter régionales, tout autant que des
métissages tant généalogiques que socioculturels. Ces règles, développées le
long des siècles, sont un atout fondamental de l'unité ethnique et
sociopolitique du Maroc. C'est aussi une manifestation visible de son unité et
de son rayonnement allant jusqu'au fond de l'Afrique occidentale. La
circulation, facilitée par un relief non contraignant, orienté nord-sud, et par
les mouvements caravaniers, favorise l'arrimage d'une contrée à l'autre et
harmonise les liens entre les espaces, même éloignés. La migration a toujours
été un phénomène dont la dynamique s'inscrit dans le principe sociogéographique
tant de la permanence que du mouvement. Les périodes de permanence sont longues
et permettent la fixation des hommes. Les mouvements sont lents, apériodiques
et permettent les échanges humains. Leur alternance permet l'interpénétration
entre les diverses populations et la formation d'un conglomérat humain au sein
d'un espace géographique bien déterminé: le pays.
A) Le peuplement du Maroc et de ses
prolongements sahariens
Il
est téméraire d'ambitionner une étude scrupuleuse des différentes périodes du
peuplement du Sahara. Vouloir en donner des datations exactes ou même
approximatives serait aventureux et contraire à toute étique d'écriture et à
toute honnêteté intellectuelle. Il est permis toutefois de se permettre une
esquisse de ce que pouvaient être les migrations et les déplacements humains au
Sahara, après des études approfondies faites par les spécialistes. Les
archéologues, les anthropologistes, les préhistoriens, les naturalistes, les
linguistes, les géographes tels le Grec Hérodote, les Romains Pline l'Ancien,
Sallus Crispus, Horace, les français Gérôme Carcopino, Stéphane Gsell, Henri
Lote, Henri Breuil, Robert Vernet, Paul Huard, Théodore Monod, R. Vaufrey, les
russes Thomas Marr, Nicolaï Marr E.P. Korovine, D.N. Kachkarov, l'espagnol
Julio Caro Baroja, l'algérienne Malika Hachid et tant d'autres, ont conclu,
chacun dans le cadre de sa science, que le Sahara a connu une population
humaine depuis plusieurs dizaines de milliers d'années. Ils n'ont pu donner des
datations approximatives qu'à partir de la période des Daratites, des Ghanéens
et des Gétules (races négroïdes) au Sahara. Les dates commençaient à être
dégrossies dès l'apparition de la race blanche dans la région.
L'archéologie, l'art rupestre et les monuments
funéraires permettent la reconstitution du long parcours des premiers Imazighen
de la région. On ne peut les décrire sans se retrouver face à la question
capitale de leur date d'apparition,
sachant que leurs plus anciennes traces ont été décelées en Afrique du Nord et
datées de plus de 11.000 ans, selon l'étude de l'anthropologue Marie Claude
Chamla et celle de la préhistorienne Malika Hachid. Les grandes lignes d'une
synthèse de leur genèse sont tracées par la convergence de trois disciplines
scientifiques modernes: la paléontologie humaine, l'archéologie et la
linguistique historique. Certes que dans un futur proche, la science de la
génétique jouera un rôle important dans la fixation précise des origines des
peuples. Les différents groupes berbères, où dominent les Mechtoïdes et les
Proto méditerranéens Capsiens, se sont interpénétrés sur les plans de l'anthologie
et de la culture pour forger une imazighité identitaire en Afrique du Nord,
leur berceau, et nulle part ailleurs. Ces groupes originels ont, par la suite,
absorbé d'autres lignées venues du pourtour méditerranéen et du Sud arabique.
La race négroïde
Les
Daratites sont les premiers
que les recherches ont découverts. Pline l'Ancien en parlait en 109 ap. J.C.
dans son livre "Naturalus Historia". Ils seraient venus du Sud-est
africain entre 7.000 et 6.000 ans av. J.C. R. Basset et F. de la Chapelle les
apparentent aux Ethiopiens. Le Colonel Modat, dans son livre: Les
populations primitives de l'Adrar mauritanien, pense qu'ils sont venus des
sources du Nil à une époque qu'il situe entre 7.000 et 6.000 ans av. J.C.
Les
Ghanéens (G'nawa)
émigrèrent au Sahara entre 5.000 et 3.000 av. J.C. Ils sont les ancêtres des Woloffs, Wangaras, Peuls,
Banbaras, Sarakollés, Soninkés qu'on trouve aujourd'hui au Sénégal, à l'Est du
Mali, au Sud de la Mauritanie et un peu partout au Maroc. Ils vivaient de
chasse et de cueillette et s'adonnaient aussi à la pêche dans les cours d'eau
et les étangs.
Nous
connaissons très peu de choses sur la vie des Daratites et des Ghanéens.
Les
Gétules sont venus de la
région appelée aujourd'hui Sénégal. Ils pratiquaient un élevage en communauté
et, déjà, une agriculture irriguée. C'étaient les préludes à une forme de
société matriarcale et au commerce basé sur le troc. Ils osèrent l'aventure
maritime, sur de petites distances, avec des embarcations rudimentaires qui ne
dépassaient pas le niveau technique de radeaux. Ils vivaient groupés dans les
vallées et les oasis. Depuis leur présence dans la région, les migrations entre
le Sud et le Nord se multiplièrent. Les Gétules accueillirent d'autres groupes;
Massaesylis, Gentilibis, Massyles, Autololes, Miciènes, Maxites ou Maxitaniens,
Macanites, Lybbouhs ou Lybihimes, Lixites. Dans son livre "Discours sur
Hercule et les Argonautes", le géographe grec Hérodote les signalait
au Nord du Maroc, principalement dans les plaines côtières. Les métissages entre
blancs et noirs donnèrent naissance à un type d'homme basané: le Hartani.
La race blanche.
Il
est difficile de donner une datation à l'arrivée au Sahara des premiers Blancs.
Des spécialistes, tout en prenant des précautions, parlent d'une vingtaine de milliers d'années, et
les font venir du pourtour méditerranéen.
Les
premiers seraient venus de la péninsule ibérique, au vu de la faible distance
qui sépare les deux rives du Détroit de Gibraltar. Les migrations, dans les
deux sens, s'effectuaient sur des barcasses de l'époque. Plus ils arrivaient en
nombre important, plus ils chassaient leurs prédécesseurs qui émigraient plus
au Sud.
L'historien
marocain Abou el Kacem Ahmed Zayani fait descendre les premiers blancs au Maroc
des enfants de Japhet, fils de Noé. Le linguiste russe Nicolaï Marr rejoint
Zayani quand il conclut, dans sa théorie Japhétique, que «les parlers du
bassin méditerranéen sont des variantes de la langue des descendants de
Japhet». Des linguistes et
anthropologues se sont inspirés de Zayani et de Nicolaï dans leurs
études sahariennes. Le Corpus Inscriptionum Semiticarum, édité en France en
1867, fait dériver les langues méditerranéennes les unes des autres et met
l'accent sur l'importance qu'y tiennent les parlers sémitiques.
Ibnou
Khaldoun parle de blancs venus en Afrique du Nord, enfants de Canaan, fils de
Sem, fils de Noé. Ils seraient rejoints par les Amanites et les Philistins.
L'un de leurs aïeux se nommait Mazigh, nom que s'attribuaient les premiers
habitants du Maghreb et qui a donné Amazigh, Ymazighen et Amachik chez les
Touareg.
En
2.500 av. J.C. les Himiarites ou Homaïrites (de la Mer Rouge), qui étaient au
service des Pharaons en Egypte, sont venus en expédition en Afrique du Nord.
Etant des bédouins de l'Arabie méridionale et vivant sur le littoral de la Mer
Rouge, et dans le but d'échapper à la tyrannie pharaonique, continuèrent vers
le Sud pour définitivement s'installer sur la côte de Chenguit (Mauritanie
actuelle). Cette théorie est étayée par les multiples similitudes qu'on trouve
encore de nos jours tant chez les Imraguen de Mauritanie que chez les Bani
Himiar de la Mer Rouge.
Les
Phéniciens sont venus du Moyen Orient au XVI ème siècle av. J.C. et ont envahi
toute l'Afrique du Nord. Plusieurs groupes ont prolongé leur migration jusqu'au
Sahara.
Les
navigateurs Tartessiens de la Bétique (Ibérie) se sont installés en colonies
sur les côtes du Maroc et se sont mêlés
à la population. Certains ont continué jusqu'au Sahara.
Les
Etrusques sont venus de la Toscane (Italie) sous forme de commerçants, aux VII
ème et VI ème siècles av. J.C. pour habiter d'abord sur les côtes avant de
s'éparpiller à l'intérieur du pays et se fondre dans la population bédouine.
Ce
fut ensuite les Romains suivis des Vandales qui peuplèrent le Maghreb.
Les
expéditions romaines au Sahara ont commencé juste avant l'ère chrétienne. En
l'an 19 av. J.C. la première campagne était dirigée par Cornellius Ballus et
qui «l'a amené jusqu'aux pays des noirs où règnent la soif et la faim» a-t-il écrit. Celle de Septimius
Flaccus a eu lieu en 70 ap. J.C. Il combattit «les Gétules et les Maures du
Sahara montés à dos de chameaux». En l'an 80 ap. J.C. Julius Maternius
poussa ses troupes «jusqu'aux pays des sables et des Noirs farouches».
Les
Juifs
L'histoire
nous a fourni des preuves concrètes de l'existence des Juifs, depuis la nuit
des temps, à travers Mauretanea. L'historien français, Léon Godard, date leur
présence sur les deux rives du Sahara et dans le Nord du Maroc depuis plus de
3.000 ans. Plusieurs reines de Mauretanea et du Sahara central étaient juives.
Quelques villes sahariennes portent toujours les noms de ces reines
(Tinbouktou, Bamako et Tawdenni au Mali, Awdaghost, Tijikja et Walata à
Mauretanea). Ils sont venus par vagues successives:
-Au XII ème siècle av. J.C. des Juifs
Gergéséens, chassés des terres de Canaan par Josué, s'installèrent en Afrique
du Nord et au Sahara Occidental.
-Selon le professeur P. Monceaux, des
juifs Syrénéens, cousins de ceux d'Egypte pharaonique, sont venus au X ème
siècle av JC «se réfugier auprès des berbères montagnards et auprès des
Maures et des Gétules au Sahara».
-Au VI ème siècle av. JC, le roi
babylonien, Nabuchodonosor 1er, persécutait les juifs le long de tout son règne (1146-1123 av J.C.). Ceux-ci trouvèrent
asile au Maghreb et au Sahara.
-En 300 av JC, Ptolémée, fils de Lagos
et roi des Lagides en Egypte, intronisé par Alexandre le Grand (356-323),
chassa les Juifs égyptiens qui élirent domicile à Mauretanea.
-A la fin du II ème siècle av JC, le
romain Marius Turbo mata une révolte juive. Les survivants trouvèrent refuge à
Mauretanea. Ils ramenèrent avec eux le hassidisme, doctrine juive fondée en 180
av JC par ceux qui combattaient l'hellénisme du roi Antiochos IV Epiphane
(175-164 av J.C.). On trouve, encore de nos jours, ce rite hassidiste chez les
Juifs marocains.
-En 300 ap J.C. des Juifs syriens
tentèrent de s'installer en Mauretanea Tingitane. Ne trouvant pas l'accueil
qu'ils espéraient, ils se dirigèrent vers le Sud où ils n'eurent pas de
difficultés à s'y établir au sein des leurs déjà sur place, à Oued Dra, à
Chenguit et au Mali.
-Au milieu du VI ème siècle ap JC, des
Juifs d'Irak, de Palestine et du Hijaz émigrèrent vers l'Ouest et marchèrent
jusqu'à Atlantique. Certains osèrent l'aventure plus au Sud pour ne s'arrêter
qu'à Tinbouktou où ils trouvèrent d'autres juifs.
-En 650, le roi Wisigothe Sisébuth
obligea les Juifs à se convertir au Christianisme ou à quitter l'Ibérie. Ceux
qui tenaient à leur religion se réfugièrent en Numidie et à Mauretanea.
-Après la reconquête de l'Andalousie
par les Espagnols, tous les Sémites, Musulmans et Juifs, se sont réfugiés au
Maghreb.
Qui est
aujourd'hui le Maghrébin qui peut dire que ses veines ne charrient pas du sang
ibérique, juif, étrusque, tartessien, romain ou vandale?
Bien
avant l'islamisation du Sahara, les Juifs y ont déjà développé le commerce et
la culture judéo mauresque. Des documents, écrits en lettres hébraïques et
d'autres en tifinagh, parlent de Méghorachim (terme qui veut dire expulsé en
hébreu, hérité du sumérien, et qui a donné Imaghrachen en Tifinagh). Il s'agit
certainement de ces juifs expulsés par les Pharaons de la région d'Assouan et
qui ont été longtemps appelés Assouaniks/Ifellachen (auraient-ils une parenté
avec les Fellacha d'Ethiopie, comme l'avance l'anthropologiste russe Nicolaï
Marr?).
L'interpénétration
des cultures judéo imazighen et, par la suite, judéo arabes, ont assuré une
coexistence et une convivialité de tous les temps. Ils ont rempli un rôle
important dans la civilisation et la culture marocaines. Ils ont contribué à la
richesse du patrimoine national dans tous les secteurs, public, spirituel,
culturel, social, politique et économique. Notre mode de vie et nos pratiques
quotidiennes en portent toujours les traces. Le tissu relationnel qui lie les
deux communautés, musulmane et israélite, est resté sans rupture majeure
pendant de longs siècles, en dehors de rares déchirures vite cicatrisées par le
temps et par le partage d'une même histoire et d'un destin commun. Ils sont
présents tant dans les villes que dans les campagnes. En 1912, ils
représentaient 80% de la population à Debdou, 50% à Essaouira, 30% au Touat,
20% à Casablanca, entre 10 et 15% dans les autres contrées, surtout dans les
régions sahariennes et présahariennes. Ils ont gagné leur place dans l'histoire
du Maroc qui n'a jamais renié son substratum et son vecteur sociohistorique
juifs. Juif et Musulman ont marqué la mémoire collective du peuple marocain. «Qu'aurait
été le Maroc sans les Juifs» se demande le professeur Simon Lévy, directeur
du musée judaïque marocain à Casablanca. Notre histoire millénaire ne peut être
ni complète ni comprise si on ne tient pas compte de la participation de tous
les groupes qui composent notre société. Elle est constellée d'événements où le
Juif a joué un rôle capital.
Les
Arabo musulmans.
Bien
avant l'Islam, des Arabes venaient au Maghreb pour leurs activités
commerciales. Beaucoup y élirent domicile. Plusieurs mots et expressions arabes
ont été relevés dans les différentes langues berbères bien avant l'arrivée de
l'Islam dans la région. En l'an 681 arrivèrent les premiers Musulmans avec Okba
Ben Nafî. Ils ne cessèrent de déferler sur le Sahara après avoir transité et
essaimé dans les régions Nord du pays.
Le
Maroc et son Sahara ont été peuplés par plusieurs ethnies (Ghanéens, Daratites
et Gétules, Ibériques, Italiens, Phéniciens, Troyens, Puniques, Carthaginois,
Israélites, Himiar, qui ont donné naissance au peuple Imazighen que d'aucuns
appellent Berbère. Ensuite vinrent les Romains, suivis des Vandales que
remplacèrent les Arabo musulmans.
Les migrations et déplacements, par
terre ou par mer, des peuplades ayant convergé vers le même point d'attraction,
finissent par se créer un intérêt commun. Naît alors un lien de parenté qui les
unit toutes au point qu'elles ne forment plus qu'un seul peuple évoluant dans
les limites d'une même nation. Elles forment la trame du tissu national et
composent un espace sociogéographique où se réalise l'arrimage des régions les
unes aux autres et où se manifestent une solidarité humaine socio-économique et
une convivialité originelle. Elles finissent par être modelées dans la même
histoire et adaptées au même contexte de mode de vie dans les mêmes frontières.
Le Maroc, que la position géographique place au carrefour des chemins
migratoires, offre un exemple typique de ce phénomène, surtout dans son
prolongement saharien.
Ces
groupes humains, venus de contrées diverses, démontrent que le peuplement du
Maroc et de son Sahara s'est effectué sur plusieurs millénaires. Les races et
les ethnies avaient apporté chacune sa civilisation et sa culture, ses
caractères génétiques et son faciès, ses lignées et ses ramifications. "Les
Musulmans ajoutèrent un élément de plus en apportant le ciment de l'Islam au
Maroc et à son prolongement saharien" écrit Odette du Puigaudeau dans
son livre: Le passé maghrébin de la Mauritanie. Effectivement, l'Islam a
raffermi le substratum de l'empire du Maroc et scellé à jamais son unité. C'est
une prodigieuse fusion de masses diverses où les Berbères de l'Atlas, les
Sanhaja, les Hassan, les Z'naga, au sein de laquelle l'Afrique Noire a imposé
sa captivante magie, vivent ensemble depuis des siècles. Ici, les anciennes
structures ethniques se confondent toutes dans l'ensemble national marocain, de
la Méditerranée au fond du Sahara.
Des
glissements de populations entières se sont opérés entre les différents
territoires du pays. Elles se sont
fondues les unes dans les autres durant toute l'histoire du Maroc. Il y a eu
tellement d'intermariages et d'interconnections entre tribus qu'il est
difficile de dire aujourd'hui si c'est le Sahraoui qui est marocain ou si c'est
le Marocain qui est sahraoui. De la même manière qu'on ne peut définir qui est
le pur berbère ou le pur arabe.
A l'arrivée de l'Islam, les Arabo
berbères du Nord ont pénétré le Sahara avec Okba Ben Nafî d'abord et Hassan Ben
Noâman ensuite, aux 7ème et 8ème siècles. Plus tard, en
mouvement inverse, les Sahraouis sont montés au Nord, suite aux conquêtes,
allant jusqu'en Andalousie. Ce sont les Almoravides au 11ème siècle,
les Almohades au 12ème siècle, des Saâdiens au 16ème
siècle et les Alaouites au 17ème siècle. Ces déplacements de
populations sont entrés dans les mours. Aujourd'hui les masses populaires se
déplacent dans toutes les directions et ne se sentent pas dépaysées là où elles
élisent domicile sans idée de retour à la région mère. Il nous est donné de
constater que celles qui ont le plus essaimé à travers les contrées du Maroc
sont les Sanhaja, les G'Zoula, les Berghouata, les Lamtouna, les Lamta,
ensuite vinrent les Hilaliens, les Souleim, les Mâkil, les Hassan, suivis des
Oulad Bou Sbaâ, des Oulad Tidrarine, Lâroussyène, des Oulad D'leim, des
R'guibat, des Filala. Il n'y a pas la moindre région du pays où ces lignées ne
sont pas présentes. Cette population, aux origines hétérogènes, trouve ses
généalogies dans les mêmes groupes ethniques qui vivent dans le Nord du pays.
On
trouve les mêmes tribus et les mêmes cognations dans la plupart des provinces
du royaume. Il est à citer quelques exemples:
-Les
Oulad Bou S'Bâa descendent de Sid Ali El Kamel Es-Soubâï, né à Fès, (fin du XII
siècle). Il a passé toute sa vie à Chichaoua, entre Marrakech et Essaouira. Les
Oulad Bou S'Bâa sont aujourd'hui dans les Chiadma (Essaouira), au Tafilalet, en
Mauritanie (le président mauritanien, Ely Ould Mohamed Val est de cette tribu),
au Sahara marocain, à El Mâder (Sud Tiznit), à Tlemcen (depuis l'époque où
cette ville était marocaine, conquise par le sultan Idriss 1er en
789). Le capitaine français Bonafos a écrit, dans le Bulletin Trimestriel de la
Société de Géographie et Géologie (septembre 1927) un article «Une tribu
marocaine en Mauritanie; les Oulad Bou S'Bâa», dans lequel il
explique les causes de l'éparpillement de cette tribu sur les régions de «ce
qui était auparavant l'empire marocain, depuis le règne des Saâdiens». Ils
ont la faculté d'appartenir à plusieurs classes à la fois; ils sont guerriers
redoutables, Zouaya savants et commerçants avisés. Leurs influences culturelles
et commerciales ont atteint toutes les régions du Maroc et même au de là,
allant jusqu'au Sénégal et la Gambie.
-Laâroussiène
descendent de Sidi Ahmed ben Abdellah Lâroussi, de la lignée Idrisside, natif
de Béni Arouss, près d'Ouazzane. Après son retour de Tunisie, où il a parachevé
ses études, il resta peu de temps dans les Béni Arouss avant d'émigrer, avec
tout un groupe des siens, à Saguya El Hamra où il vécut le restant de sa vie.
Il y est mort et enterré. Laâroussiène vivent à Béni Arouss, à Figuig, au
Tafilalet, dans le Souss, dans les Chiadma, à Oued Dahab, en Mauritanie. Ils
sont aussi, à Béni Ounif, au Touat et dans la Saoura (Algérie). Une petite
fraction vit à Tinbouktou (Mali).
-Les
Oulad Tidrarine, descendants du f'quih Ben Abi Dajana El Ançari, vivent dans
toutes les régions du Maroc, du fond du Sahara au Nord du pays, et même au-delà
des frontières (Mauritanie, Waddane, Sénégal).
-Les
Oulad D'leim sont en Mauritanie, à Dakhla, à Tan Tan, dans la région de
Marrakech et dans le Gharb, au Nord du Maroc. Deux de leurs fractions: Oulad
Chebel vivent au Touat et Ladghagh à Tinbouktou.
-Les
R'guibat sont en Mauritanie, à Tindouf, au Sahara marocain et au Nord du pays.
Une partie de la fraction T'Halat, vit dans la région d'Essaouira, au sein des
Chiadma et en on trouve aussi à Bouchane, près de Marrakech. Les Meyara, une
autre sous fraction, vit dans la plaine de Fès. On trouve les R'guibat à
R'hamna, à Ben Guérir (régions de Marrakech) comme on les trouve à Boudnib
(Tafilalet) et à Sidi Yahia des Zaïre (Rabat) et dans le Souss. Selon la note d'information du 2ème
bureau français N°1583/2BS/SC du 5 juillet 1963, les R'guibat de Tindouf, de la
Mauritanie et du Sahara occidental réclamaient leur unification sous le drapeau
marocain et se plaignaient du mauvais traitement qui leur est fait en Algérie,
après l'élimination du BAR (Bureau d'Aide aux R'guibat).
-Dans
la région de Tétouan, au Nord du Maroc, vivent les B'ni-Iîch. Les Oulad-Iîch
sont dans la région de Kasbah Tadla. Les Aït-Iîch évoluent dans la montagne au
Sud de Marrakech. Les Ida-ou-Iîch sont en Mauritanie. C'est la même lignée dont
seul le suffixe change, suivant les contrées. Cette tribu est de l'agnation des
Bani Hassan, comme il est signalé par Etienne Richet dans son livre, «la
Mauritanie», 1920, Edt. Larose, et Par Georges Poulet dans «Les Maures de
l'Afrique Occidentale ». 1904. Edt. Challamel.
-Les
Oulad Jerrar et les Chtouka sont en Mauritanie. On les trouve dans les
montagnes au Sud de Tiznit, ainsi qu'au Sud de Casablanca à Had Soualem. Une minorité
est installée près de Témara. Ils sont plus au Nord encore, pas loin de Tanger.
-La
tribu des Mghafra est éparpillée sur l'ensemble de Mauretanea en petites
minorités dont la plus importante se trouve à Chenguit.
-Laglagma,
tribu idrisside dont sont originaires les Hal Ma el Aïnine, sont en Mauritanie,
au Sahara marocain et dans l'Atlas. Leur Zaouya mère des Hel Taleb El Mokhtar
el Idrissi el Galgami est dans la région de Béni Mellal. Du Nord au Sud du
pays, ils occupent des postes de responsabilités dans l'administration
marocaine (ambassadeurs, ministres, gouverneurs, enseignants dans les
facultés). L'un des leurs, Cheikh Ma el Aïnine Elgalgami, a combattu, au nom du
sultan du Maroc, la pénétration franco espagnole au Sahara.
-Les
tribus Yaggout sont à Tan Tan, à Lâyoun et on les trouve aussi à 10 km d'Essaouira. Là, ils gardent la même manière de s'habiller
et parlent le Hassani comme au Sahara.
-Dans
la ville d'Aït Baha, au Sud d'Agadir, vit depuis plus de deux siècles une
fraction de la tribu sahraouie Izerguyène. Dans cette cité se dresse toujours
la kasbah Tizerguyène qui porte le nom de la tribu mère qui l'a construite.
-Les
Filala, (de Tafilalet, creuset de la dynastie régnante), vivent aussi en
Mauritanie et au Sahara marocain ainsi qu'au Touat. Le Touat, aujourd'hui en
Algérie, n'est que le prolongement naturel, ethnique et politique de la
province marocaine du Tafilalet qui s'étendait jusqu'à la Saoura, avant que les
Français ne l'annexent au profit de leur département algérien.
-Les
Aït Oussa sont à Oued Noun (confédération des Tekna, à cheval sur les zones
sahariennes française et espagnole). Leur tribu mère essaime toujours dans la
région de Sefrou, non loin de Fès, au Nord du pays.
-Les
Kharijites, les Béni Hilal, les Ançar, les Béni Souleim et les Mâkil, venus du
Moyen Orient à différentes époques, ont mis plusieurs années pour traverser
l'Afrique du Nord, d'Est en Ouest, et ont essaimé partout où ils passaient,
jusqu'en Mauritanie. Les Hassan de Trab el Beïdane, sont de ces lignées. Ces
agnations sont dans la région de Meknès, dans les Doukkala, aux Aït Ba-âmran
(Ifni), au Sahara marocain, au Touat et en Mauritanie.
-Les Z'karna sont en Mauritanie et une
fraction vit dans la montagne au Sud d'Agadir (Ida-ou-Zekri). Les Ben Zekri,
grande famille commerçante, sont à Fès, à Casablanca, à Marrakech et partout au
Maroc.
-Les Torkoz, arrivés
de l'Arabie avec Okba Ben Nafiâ, ont essaimé partout dans les régions du Nord
du pays avant qu'une partie ne se soit fixée définitivement en Mauritanie et au
Sahara marocain. On les trouve aussi bien dans les plaines que dans les
montagnes de l'Atlas et du Rif où ils se sont berbérisés et totalement fondus
dans les populations locales au point où il est aujourd'hui difficile de les
distinguer. Tribu maraboutique et "de savoir", elle
est très respectée par les autres. Leur grand savant
qui a marqué l'histoire est Mohammed Mahmoud Tourksi Chenguiti. Il a enseigné à
Al Azhar au Caire et en Arabie Saoudite. Une minorité
s'est installée, au temps des Mérinides (1258-1465) entre les J'bel Bani et
l'Ouarkziz où elle a bâti Aouinet Torkoz.
-Les M'hamid est une tribu qui vit dans la haute vallée d'Oued Dra, dans
la région d'Ouarzazate. Là, toute une ville
porte ce nom. On en trouve une importante fraction en Mauritanie et au
Sahara marocain.
-La tribu Laghlal a ses racines dans la montagne au Sud de Marrakech, à
Ighrem (non loin de Taznakt). Une partie importante vit en Mauritanie depuis
longtemps.
-Les Taoubbalt, tribu aujourd'hui Mauritanienne, est originaire de la
région d'Essaouira. Un grand quartier de cette ville porte ce nom. On trouve
les trouve dans les Chiadma et dans les Haha, au Nord et au sud d'Essaouira.
Ils sont aussi dans la plaine de Marrakech où ils nomadisaient il n'y a pas
longtemps.
-Que dire de la confédération des Tekna qui groupe 19 tribus et dont les
territoires est situé à cheval sur les deux anciennes zones, française et
espagnole? Comme c'est expliqué au chapitre VIII, les tribus Tekna vivent un
peu partout au Maroc, de Tanger au fond du Sahara.
Une histoire de plus de treize siècles a
fait son travail d'amalgames et de soudures entre les uns et les autres.
Qui oblige ces populations à changer de régions et de mode de vie? Plusieurs
causes et autant de raisons incitent les populations à se déplacer. Si les
motifs sont variables, ils sont restés pratiquement les mêmes suivant les
époques et encore de nos jours.
-Tous les envahisseurs, venus du Nord ou de l'Est (Ibères, Israélites,
Phéniciens, Troyens, Puniques, Carthaginois, Himiar, Etrusques, Tartessiens,
Romains, Vandales, Arabes) chassaient vers le Sud une partie des occupants du
pays qui se réfugiaient au Sahara.
-Dans sa conquête du Maroc, Idriss 1er, père de la dynastie Idrisside,
venu du Moyen Orient en 788,
a été accompagné vers le Sud du pays par des troupes
berbères islamisées qu'il a recrutées au Nord et qu'il a laissées sur place
pour en déplacer d'autre vers le Nord.
-Les Mérinides, venus de l'Est, étaient accompagnés par leurs partisans
qui ont, par la suite, essaimé à l'Est et au Sud du Pays.
-Sur les six dynasties qui ont régné au Maroc (de 788 à nos jours), quatre
sont venues du Sahara (tableaux en annexe). Leur déplacement entraîna de
nombreuses populations qui s'installèrent définitivement au Nord du pays.
-Les sultans recrutaient des soldats dans une contée pour les affecter
dans une autre. C'est ainsi qu'on trouve les Touareg de Tinbouktou et d'autres
tribus sahraouies dans plusieurs villes du Nord du royaume, comme on trouve
au Sahara des familles originaires du
Nord.
-Le commerce a joué et joue toujours un grand rôle dans les déplacements
et l'amalgame des populations. Les marchands déléguaient des membres des leurs
dans les villes commerçantes pour le besoin de leurs négoces (appelés
aujourd'hui représentants commerciaux ou agences commerciales). Ceux-ci
restaient souvent dans la ville d'accueil, y essaimaient, sans idée de retour.
-Les caravanes qui sillonnaient les espaces dans tous les sens ont
concouru à l'assimilation des populations. Outre les marchandises, elles
transportaient aussi idées, cultures et civilisations qui ont fait connaître
les populations marocaines entre elles.
-Les pénuries et les grandes sécheresses obligeaient les populations
sahariennes à se déplacer vers le Nord plus clémente. Des populations in
extenso se déplaçaient à la recherche de pâturages pour leur cheptel. Quand le
bétail, très affaibli, mourait en cours de route, les nomades, alors démunis,
restaient définitivement sur place dans la nouvelle région d'accueil.
-Souvent, pour punir une tribu ou toute une région qui se révoltait, les
sultans en déplaçaient une grande fraction pour l'installer loin de ses terres.
Une autre mesure sécuritaire consistait à investir, dans la contrée à punir,
toute une troupe militaire que les habitants devaient prendre totalement en
charge. C'est le cas du récit qui suit:
Sous le règne du sultan saâdien, Ahmed el Mansour, (1578-1603), quelques
tribus Sanhaja et Hassan se querellaient
entre elles dans les provinces de Chenguit. El Mansour expédia un contingent
fort de 3000 soldats sous le commandement d'un caïd rifain du Nord, M'hand Amer
Akchar, pour calmer la situation. Ces troupes rifaines ont vécu sur place sans
idée de retour, se mêlant à la population locale. Le lieu porte aujourd'hui le
nom d'Erg Akchar. Deux tribus, les Oulad Ghaïlane et les Oulad Ommanni,
seraient la descendance des deux fis du caïd Akchar, Ghaïlane et Ommanni. Voici
donc deux tribus, à aïeul commun, où le sang qui coule dans leurs veines
provient de deux régions marocaines, éloignées de plus de 3.000 km l'une de l'autre.
Ibnou Adara traite superficiellement ce fait dans son livre, Les Arabes Maâkil
à partir de 1266.
Il n'y a pas une seule région du pays qui n'a pas reçu des populations
venues d'autres zones marocaines. Même les confréries religieuses au Sahara ne
sont que des ramifications de celles du Nord. A la longue, des zaouyas nées au
Sahara ont étendu leurs influences au Nord.
Outre leur anthropologie, leurs sociétés et leurs organisations
politiques régionales, leurs traditions culturelles, leurs religions (Judaïsme
et Islam), les relations entre les différentes populations maures ont été
examinées depuis les âges les plus reculés. Nonobstant les écrits à caractère
colonial, tous ceux qui ont accordé du crédit à l'étude profonde de Mauretanea
sont unanimes quant à l'appartenance du Sahara, territoire et population, au
royaume chérifien, du règne des rois berbères à celui des Alaouites.
Ces populations se sont constituées et
organisées, malgré leur voisinage immédiat, en tribus distinctes, non seulement
autonomes les unes par rapport aux autres, mais parfois opposées les unes aux
autres. Le caractère de chaque groupe est fonction du niveau hiérarchique où il
est classé. Si les batailles rangées entre eux ont cessé depuis quelques
décennies seulement, une certaine animosité ancestrale garde, encore de nos
jours, des traces profondes dans les rapports traditionnels qui régissent le
mode de la vie tribale du bédouin, oasien ou nomade.
Les tribus du
Sahara et leurs origines
"Il est très difficile de vouloir
détribaliser le Maure"
Le général français Laperrine de
Hautpoul.
Les différentes races et ethnies, aux
origines et aux apports culturels divers, qui ont peuplé le Sahara, ont donné
naissance aux populations actuelles organisées en entités tribales.
Dans ses investigations, le chercheur
se trouve desservi par la pauvreté du corpus de révélations et de témoignages
historiques qui auraient été en mesure de l'éclairer avec exactitude sur
l'évolution, dans le temps et dans l'espace, des différentes tribus qui
composent la population actuelle du Sahara. Les données dont il peut disposer
sont, dans leur majorité, des récits et des écrits plus au moins tirés de
légendes, empruntés à quelques discours flous ou extraits de certaines
narrations mythiques. La population tribale évolue en se fragmentant sous
différentes formes. Tantôt elle épouse les contours d'une région, d'une ville
ou d'une série d'oasis. Parfois elle se moule dans des limites floues d'une
tribu ou d'une confédération de tribus. Toutefois, aucune de ces sociétés ne
peut vivre en circuit fermé. Le pays, du Nord au Sud, est animé par des
permutations fréquentes de populations entières et d'échanges culturels et
commerciaux. Pour les besoins de leurs manufactures, les grandes villes telles
Badis, Tétuan, Fès, Meknès, Rabat, Marrakech, Essaouira, Taroudant, Goulimine,
Tindifis (Tindouf), Tinbouktou, Walata, Awdaghost, Tichit, Chenguitti, Tijikja,
font appel à la main d'ouvre spécialisée des régions proches ou lointaines,
comme elles acquièrent les matières premières dans des contrées voisines ou
retirées. De même que les échanges sont permanents entre la campagne la ille.
La circulation des matières premières et des produits finis font les intérêts
des uns dépendant des autres et que des liens deviennent permanents entre les
différents pôles régionaux. Ces pôles doivent respecter les normes et les
circuits d'échanges préexistants.
Les tribus étant nomades et leur
culture restée longtemps orale, peu d'écrits peuvent être classés authentiques
ou non tendancieux. Ces documents sont difficilement exploitables du fait de
leur dispersion. Ceux qui en détiennent les gardent jalousement à l'abri des
curiosités et ne les dévoilent qu'exceptionnellement. Ils les considèrent comme
patrimoine sacré et exclusif de la tribu ou de la famille. La prudence est donc
de rigueur. Le chercheur doit être sévère dans la critique et très prudent
quant aux conclusions hâtives et aux recettes aisées. D'autres écrits sont sans
auteur et ne peuvent être situés dans le temps ni dans le lieu. Des historiens
anciens donnent rarement leurs sources avec précision. Leurs narrations
viennent sans doute de contes populaires et se révèlent ainsi pleines de
lacunes et d'incertitudes. Fautes de pistes précises, le chercheur est astreint
à formuler de simples hypothèses s'ils ne poussent pas loin sa curiosité et ses
investigations dans d'autres textes et documents. Les chroniqueurs arabes
rédigeaient sans plan préconçu. Certains sont peu critiques quant aux
événements qu'ils relatent. De leur côté, les copistes et les scribes
accordaient moins d'importance à l'exactitude de la reproduction du texte qu'à
la calligraphie. Si quelques défrichages permettent de décortiquer les récits,
l'impartialité n'est pas souvent le souci central de quelques historiens. On
rencontre, de temps en temps, des références à certaines notices, mais
celles-ci sont quelquefois d'une austérité accablante.
Or, l'écriture de l'histoire ne
s'improvise pas. Elle est le résultat de recherches ou la narration des
événements de l'époque que l'auteur a vécue et dont il était le témoin. Elle
est aussi la référence à des textes antérieurs ou à des récits transmis
oralement. L'auteur a le loisir de les transcrire sous une autre forme sans en
modifier ni la réalité ni le fond, sauf s'il est en mesure de produire des
arguments tangibles et justifiables.
Les auteurs étrangers, appelés
orientalistes, ajoutaient leur grain de sel à tout ce corpus. Certains,
honnêtes, ont laissé d'excellents documents, se basant sur des textes et des
témoignages locaux complétés par des investigations sur le terrain même.
D'autres, des 17ème, 18ème 19ème et 20ème
siècles, transfiguraient sciemment la réalité de l'histoire à des fins purement
coloniales (voir, à titre d'exemple, ci-dessous, le voyage de l'Allemand Oskar
Lenz à Tinbouktou).
Dès le XVI ème siècle, des précisions
commençaient à voir le jour avec l'introduction, timide cependant, du document
écrit (laudatif, hagiographique, narratif, biographique, poétique,
événementiel). Même après avoir épluché les divers documents mis à sa
disposition, le chercheur n'est pas à l'abri de confusions. Ces rares, mais
précieuses pièces nous permettent de constater que, de Goulimine au fleuve du
Sénégal, vivent les mêmes peuplades qui, malgré le mode de vie identique
qu'elles mènent, peuvent être listées différemment selon leurs généalogies,
leurs classes sociales superposé ou leurs groupes de tribus. Nombre de
chercheurs occidentaux ont commis l'erreur de prendre comme cas de figure la
tribu des R'guibat que les premiers explorateurs européens assimilaient à
l'ensemble de la population maure. Or, le groupe R'guibat n'est pas un exemple
déterminant ni une référence exclusive dans l'acheminement de l'étude d'une
société bédouine érigée par toute une mosaïque de tribus, de fractions et de
sous fractions. Chaque groupe conserve une certaine spécificité, un certain
rang et certaines données originelles.
Le classement par origines:
Le classement par origines des tribus,
bien qu'elles sont de provenances différentes, peut être limité à deux grandes
catégories: les tribus Hassan et les tribus arabo berbères.
Les Berbères ont fait leur
apparition au Sahara depuis bien des millénaires. Ils y sont venus, par vagues
successives, fuyant les guerres fratricides ou chassés par les envahisseurs
venus du Nord ou de l'Est. Rejoints par les Arabes, ils ont formé des groupes
arabo berbères.
Les maroco sahariens sont, en
majorité, des descendants des Arabes:
-Ceux venus avec Okba Ben Nafiâ,
-Les descendants des Bani Hilal et les Bani Souleim,
venus au XII siècle de Najd (Arabie) pour envahir l'Afrique du Nord et le
Sahara.
-Les Arabes Maâkil venus aux XIII et XIV siècles du
Nord de l'Arabie.
-Les Arabes Andalous chassés d'Espagne aux XV ème et XVI
ème siècles.
Les maroco sahariens vivent sur le
littoral entre la vallée d'Oued Dra et la vallée du Sénégal. Certains ont pu
essaimer chez les Touaregs, au Niger, au Touat et au Mali.
Le classement par hiérarchie sociale nous donne le clivage suivant:
-Les Beïdane (Blancs, libres par rapport aux noirs esclaves et aux
Z'naga vassaux).
Arabes pour la plupart, ils descendent
des Hilaliens, des Bani Souleim, des Kharijites et des Maâkil. C'étaient des
guerriers vivant de nomadisme et d'expéditions sur l'ennemi. Nobles seigneurs,
ils étaient réfractaires à tout travail manuel, à tout commerce et à toute
fonction salariale. Ils tenaient l'échelle supérieure de la société. Il y a à
peine quelques années qu'ils ont commencé, timidement, à s'intéresser à des activités
autres que les Ghazzous (raids sur l'ennemi). L'organisation sociale actuelle
ne leur permet plus de rançonner les tribus qu'ils protégeaient il y a juste
quelques décennies. Toutefois, ils gardent toujours leur allure seigneuriale et
continuent à inspirer le respect aux autres classes subalternes.
-Les Z'naga: Ce sont des tribus berbères ou arabo berbère. Une
grande majorité est semi-nomade, pratiquant la culture vivrière et l'élevage
bétail dans les oasis. Chaque famille a un point d'attache dans l'oasis la plus
proche des terrains pastoraux de sa tribu. Ceux du littoral s'adonnent à la
pèche d'auto consommation. Peu guerriers, ils vivaient sous la protection d'une
tribu Beïdane à laquelle ils payaient une dîme annuelle. Cette pratique ne se
fait plus de nos jours, mais le Z'nagui se sent encore moralement et
psychologiquement redevable à son ancien tuteur.
-Les Zouaya (disciples de Zaouya). Ils descendent des kharijites
et de ceux venus de l'Andalousie. Certains parmi eux sont d'origines berbères.
Peu sont nomades. Ils vivent dans les oasis et les villes. Ils tiennent de
petits commerces, assurent la chariâ (loi musulmane), enseignent dans les
méderças. Certains sont mokaddems (recteurs) de la Zaouya de leurs ancêtres et
vivent de subsides. Depuis quelques années, on en trouve beaucoup dans
l'administration ou tenant des fonctions libérales. Ils ne portent les armes
que rarement, mais sont respectés pour leur savoir et pour leur poids
religieux. Ils ont souvent usé de leurs bons offices pour apaiser les conflits
inter tribaux. En cas de menace extérieure, ils arrivaient toujours à grouper
sous leur bannière toutes les tribus pour faire face à l'envahisseur. En temps
de sécheresse, ils organisent la société afin d'alléger le poids de la pénurie
qui touche les démunis. Ils ont été à l'origine des confréries religieuses
actuelles, au Sahara, en Mauritanie, au Sénégal, au Mali et au Niger. Ces
confréries ne sont que les branches des Zaouya mères du Nord du Pays. Ils sont
classés en «Zaouya Es-chems", marabouts du soleil et "Zouaya
Ed-dall", marabouts de l'ombre. Les premiers sont plus respectés et plus
écoutés, étant les descendants du prophète. Les seconds sont les disciples de
Walis (saint).
-Les Harratine: singulier: el horr ettani (homme libre
de seconde classe). Ce sont des noirs hybridés émancipés. Ils sont de teint
basané. Ils forment, avec les métayers, la classe des artisans dans les oasis
et les villes et même au sein de tribus nomades. Quelques uns, à force de
labeur, deviennent de grands commerçants, des chefs caravaniers ou des
fonctionnaires, mais, socialement, restent toujours à leur niveau subalterne de
l'échelle populaire.
-Le noir esclave:
Des siècles durant, le noir a été
refoulé vers des plus au Sud ou plus au Nord, pour ne vivre que dans les
vallées du Dra, du Sénégal et à Tagante. Il réapparut, avec l'arrivée des
Hilaliens et des Souleim au Sahara, sous forme d'esclave, s'occupant des
services les plus déconsidérées (soigneur de cheptels, tanneur, berger,
serviteur du maître, monnaie d'échange dans les opérations commerciales). Il
constituait la seule main d'ouvre de la tribu nomade et dans l'oasis. Le noir,
quoique libéré et émancipé aujourd'hui, reste marginalisé dans son rang social
le plus bas, quelle que soit sa fortune, son niveau intellectuel ou
l'importance de son poste. Psychologiquement il sent bien sa marginalisation,
mais s'en accommode naturellement et sans complexe.
La hiérarchisation des tribus est très
stricte, rigide et garde, encore de nos jours, des traces indélébiles dans les
rapports entre groupes tribaux de niveaux différents.
Répartition des tribus:
Avec le temps, toutes ces populations
ont fini par se constituer en tribus ou en fédérations de tribus, politiquement
distinctes, réparties en groupes suivants: (ne sont répertoriés ici que les
groupes importants de l'ex Sahara espagnol).
La confédération des Tekna.